Les Mars de l'art contemporain 2003,Clermont-Ferrand

Anne-Marie Rognon,
Chanonat, salle voûtée du prieuré


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« Comme uni » - 2003
Acrylique, gaines et fils électriques. Dimensions variables


Je puise dans les choses concrètes, issues du quotidien, des scènes, des objets que je restitue par l’image qui prend tournure de peinture ou de vidéo ; Et les deux installées ensembles, côte à côte. Ces images proviennent de situations sociales, humaines. Elles traduisent une complexité de perception.
Quelques exemples :

Passoire :

« Dans la théorie de la perception Empédocle soutient l’idée qu’il existe des flux émanant des choses qui pénètrent par les ouvertures des organes sensibles, lorsque ceux-ci sont parfaitement ajustés. C’est donc uniquement le même qui connaît le même.»
De cela je déduis l’image d’une passoire et je peins une passoire. C’est un objet simple utilisé au quotidien dont l’image est porteuse d’ un sens métaphysique. Ainsi naît une circulation entre le réel et l’imaginaire et vise versa.

Et tant va la cruche à l’eau :

C’est une peinture-mécanisme avec une poulie, des seaux, une balançoire et un engrenage. Dans un mécanisme chaque élément a une place dans le système. Mais ici la poulie n’est pas actionnée, chaque tableau est autonome bien que relié à l’ensemble.
La peinture existe comme un arrêt sur image ;
Comme la balançoire en mouvement arrêtée. L’engrenage, c’est l’univers qui s’échappe du système quoi qu’il arrive. Dans le système social : ceux qui peinent et ceux qui se balancent. Les peintures s’échappent de la place qui leur était réservée et dont elles étaient issues.

Que voulez-vous faire, défragmenter maintenant? :

L’ordinateur défragmente les informations dans le disque dur et rassemble les fichiers, comblant les espaces vides.
Et le cerveau? Est-ce qu’il défragmente aussi bien que la machine?
Puis je fais un parallèle avec la vie fragmentée d’aujourd’hui. Et pose la question tel que l’ordinateur la pose : Que voulez-vous faire, défragmenter maintenant?
J’aime utiliser l’humour qui rend les choses plus légères.
Comme dit Coluche : «il suffirait que les gens ne les achètent pas pour ça ne se vende plus! Vous n’ êtes pas raisonnable non plus!»

Après l’idée de départ je ne m’occupe plus que de l’espace que je peins, joue avec les travaux, les mets en place, fais des histoires.
Dans les vidéos en parlant sur les images, le sens est davantage restitué. Parfois une vidéo naît en voyant par exemple un passage à niveau qui me fait penser à un clap géant et je m’intéresse à restituer cette idée qui m’est plus plaisante que le rôle de la barrière...
Quelle projection nous permet «la banalité»?
La peinture ne peut s’arrêter à une seule puisqu’il existe une relation entre l’une et la suivante ou la précédente; L’ idée de dialogue et de conversation.
Je les organise ensemble dans l’espace. Il faut se déplacer, entrer dans ces petits espaces, les parcourir. Le grand format s’impose au regard mais il faut le parcourir, relier entre eux les éléments.
Aussi un questionnement : Où peut-on mettre la peinture aujourd’hui? Que j’amorce avec le travail commencé : Les encombrants...
Chaque travail s’appuyant sur l’autre lors de sa réalisation plastique, puis un retour en arrière ou un saut en avant, un zoom dans une situation plastique...

Anne Marie Rognon Janvier 2002