Les Mars de l'art contemporain 2003, Clermont-Ferrand

Astrit Greca,
Chanonat Mars 2003
Chapelle Notre-Dame de l’arbre



L’OURS avait longtemps vécu sans réaliser d’autres performances que chasser, pêcher ou grimper dans les arbres pour voler le miel des abeilles.

L’OURSTOIRE, enquête sur l’ours, s’est d’abord chargée de raconter des évènements et d’en chercher l’explication sur l’évolution. Les premiers ourstoriens allaient recueillir des souvenirs, des traditions, de la mémoire. Leurs successeurs purent ajouter à la littérature ourstorique des témoignages plagiés, abrégés ou continus. Aux temps modernes, l’esprit critique inspira à l’ourstorien une défiance à l’égard de cette production de tradition orale, et le poussa à utiliser des sources plus sûres. C’est de cela qu’est née l’ourchéologie!
Avec l’accroissement de la population oursophone, les sources d’alimentation des ours commencèrent à diminuer. Certains ours eurent l’idée de se déplacer, et de s’attaquer à des espèces plus grandes qu’eux, à l’aide de pierres et os taillés. C’est de cela que nous, ourstoriens et ourchéologiens d’aujourd’hui, nous basant sur des preuves solides, pensons que l’ours est entré dans une nouvelle ère, ère qui l’oblige à mieux chasser, « pêcher»? et mieux se protéger en se renfermant dans des cavernes ou en construisant des habitats sur l’eau.

L’ours eut vit comprit que s’il voulait survivre, il valait mieux rester en groupe et c’est ainsi que sont nés la famille, le village, les villes et les états.
À la base, tous les ours étaient les mêmes, mais quand ils ont commencé à se déplacer, leur fourrure a changé en fonction du climat des pays où ils s’installaient, c’est comme cela qu’ aujourd’hui, on a une grosse diversité d’ours : des noirs, des bruns, des rouges, des jaunes et des blancs. (Blanc - bleu et blanc - rouge par leurs idées.)
L’Ours blanc est le plus grand et le plus puissant de toutes les ours. Il survit au froid à cause de son épaisse fourrure, constituée d’un épais sous poil et de longs poils protecteurs, et le plus important, c’est l’épaisse couche de graisse qu’il s’est créée en tuant des espèces plus faibles que lui. Cette graisse et ce feutre, (couverture tissée en poils d’ours) ont servi à sauver la vie à un ourtist, qui par la suite, en a montré les vertus en les exposant sous différentes formes.

Les ours blancs : comme ce sont les plus puissants par leur force, grandeur, poil et graisse, essaient d’imposer leurs culture, habitudes, mode de vie à d’autres ours. (Exemple : l’ours blanc n’a plus besoin de pêcher ou de se faire piquer par les abeilles pour récolter du miel : il lui suffit d’aller à l’ oursmarché pour en avoir.) Mais certains ours ne sont pas d’accord avec ça et ont formé des petits groupes que l’on appelle Ourterr. Les ourterr se sont servis des moyens technologiques des ours blancs contre ces derniers, mais les ours blancs, en écrasant la plupart des ourterr ont montré encore une fois leur puissance par leur force, grandeur, long poil et leur graisse.

Texte de Astrit Greca




Astrit Greca vit et travaille en France, a fondé une famille au cœur de ce pays..

Comme tous les exilés, il oublie lentement, patiemment, jour après jour, ce qui fut sa culture. Il abandonne peu à peu sa langue maternelle même si ses parents résident toujours en Albanie.

Plus il oublie, plus il se souvient de détails, d’instants précis. Souvent dans les travaux d’Astrit Greca, se mêlent des éléments d’ici et de là-bas. Là-bas, désignant un pays, un peuple, des us et coutumes malmenés en permanence par des occupations multiples, contradictoires, sans oublier les différentes religions, dogme aux traditions ancestrales qui établissent une identité :

«Ces albanais qui ne sont ni germains, ni latins, ni slaves, ni grecs, ni turcs»
(Nils Andersson, le monde diplomatique, juin 2002)

Reste donc le langage des mains, un savoir-faire classique, l’art du modelage avec les portraits, ces bustes qui veulent figer l’instant et l’état de quelqu’un ou de quelque chose, l’art du moulage, le même objet reproduit jusqu’à la perte, comme dans la série « Bunker «

Ces différents écarts, cette douleur de l’écartement fondent le travail, - après tout il n’est pas aisé de passer des rudes utopies communistes au si réel esprit communautaire - un peu à l’image de ces ours venus des pays de l’est (animal sauvage et mythique par excellence) que l’on introduit avec force et précaution dans nos espaces dits naturels et préservés.
Ces ours, monstres de force et de douceur qui oublient la douleur des piqûres pour connaître la saveur du miel.
Lorsque tout vole en éclat, que toutes les croyances, toutes les connaissances s’entrechoquent, on se retrouve seul en même temps en même lieu que tout le monde, on rentre ainsi dans cette oeuvre fondamentale qui consiste à construire son histoire et à tenter de rencontrer celle des autres.

Œuvre humaine, quotidienne, solitaire !


Jacques Malgorn, juin 2002